Nous cherchons quelquefois à édulcorer notre vocabulaire. Je ne parle pas de la modération dans le langage, fort peu pratiquée de nos jours où beaucoup se plaisent à émailler leurs discours de propos obscènes pour paraître plus «jeune». Non, je fais allusion à des changements de mots qui révèlent nos peurs et nos incertitudes, quelquefois notre mauvaise conscience.
Ainsi, un enfant quelconque peut «mentir», mais un adulte respectable prononcera des «contre-vérités». Si c’est un riche homme d’affaires, il est moins choquant de parler de ses «détournements de fonds» plutôt que de dire, tout simplement, qu’il est un voleur…Telle dame, se disant pourtant «libérée», hésitera à dire qu’elle a pratiqué un avortement, mais évoquera sans complexe son «IVG». Les partisans de la corrida parlent volontiers de leur «matador» préféré, mais hésiteraient à avouer leur admiration pour ce même «tueur» (traduction de l’espagnol « matador ») !
De manière plus anecdotique, on peut s’amuser de constater qu’en 1955, la Seine «Inférieure» est devenue «Maritime». En 1969, les habitants de Pau ont appris avec soulagement que leurs Pyrénées ne seraient plus «Basses» mais «Atlantiques».
Je ne voudrais pas être «mauvaise langue» (autre euphémisme pour désigner la calomnie), mais je me demande si nos traducteurs de la Bible ne sont pas aussi victimes de l’épidémie. Pourquoi, par exemple, dans une version moderne du Nouveau Testament, a-t-on traduit « Repentez-vous » par « Changez de comportement » (Actes 2.19)? Quand au verset « Si ton frère a péché, reprends-le », il est devenu « Si ton frère se rend coupable, parle-lui sérieusement ». (Luc 17/4, Français Courant).
On peut s’échiner à nettoyer le dehors de la coupe, mais rien ne vaut un bon nettoyage en profondeur ! C’est, à l’évidence, la volonté de Dieu pour nous, lui qui s’intéresse moins aux variations de notre vocabulaire qu’au changement de notre cœur.
Gérard FO