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LES MAIRES ET LA PARENTALITE

Un entretien avec
Franck Meyer, maire UDF de Sotteville-sous-le-val (76),
porte-parole du "Collectif des Maires pour l'Enfance"

- Vous affirmez, preuves à l'appui, que la grande majorité des maires de France refuse le mariage entre personnes de même sexe et demande le maintien du modèle parental avec un père et une mère. Comment est né ce Collectif ?

Comme beaucoup, j'ai été choqué d'apprendre que Noël Mamère, maire de Bègles, avait "marié" deux hommes (décision d'ailleurs qui, depuis, a été invalidée par la justice).
En tant que maire, nous devons montrer l'exemple du respect de la loi : comment peut-on l'enfreindre volontairement ? Le mariage est-il une alliance entre deux personnes, quelles qu'elles soient ? Nous sommes cinq maires de diverses régions de France à avoir convenu de la nécessité d'une prise de parole publique, et nous avons créé pour cela le « Collectif des Maires pour l'Enfance ».

- Quelle fut votre première initiative ?
Nous avons décidé d'écrire à tous les maires de notre pays en leur rappelant que nous croyions que tout enfant a d’abord besoin d’un père et d’une mère pour s’épanouir et que le mot mariage a son sens dans l’amour et l’attachement d’un homme et d’une femme. Nous leur avons demandé s'ils étaient d'accord avec ces propositions et nous leur avons proposé de nous renvoyer, signé, un feuillet sur lequel étaient inscrites ces deux déclarations :
1 – « Je désapprouve tout projet d’instauration d’un « mariage » entre personnes de même sexe. ».
2 –« Je conteste l’implication du maire, en tant qu’officier d’Etat civil, dans une célébration de ce type».
C'était en décembre 2005.

- Alors, le résultat ?
Nous avons été surpris par l'abondance des réponses. Dans les semaines qui ont suivi, sur les 36 000 maires de France, 11 669 ont répondu qu'ils avaient la même position que nous ; seuls cinq d'entre eux ont exprimé un avis contraire. A ce jour, nous avons reçu 12 593 réponses. Ce résultat était si énorme que plusieurs ont douté du sérieux de notre annonce. Heureusement, nous avons fait authentifier ces courriers par un huissier, et les chiffres ne peuvent être contestés par personne. Nous avons été reçus par le président de l'Association des Maires de France qui a eu la primeur de ces résultats et nous avons ensuite organisé une conférence de presse.

- Vous avez ensuite commandé un sondage à l'IFOP. Pourquoi ?
On nous a dit : "Certes, un tiers des maires vous ont répondu, mais que pense la majorité ? » D'où cette enquête, faite en novembre 2006, par cet organisme connu pour son sérieux, et qui donne des résultats incontestables.
 81 % pensent qu'au nom de l'intérêt de l'enfant, il faut maintenir le modèle parental avec un père et une mère ;
 74 % sont opposés au mariage entre homosexuels et 73 % à l'adoption d'enfants par de tels couples ;
 Seulement 2 % ont déjà reçu une demande de mariage entre deux personnes de même sexe ;
 65 % des maires souhaitent être consultés avant toute initiative législative concernant ces questions.

- Vous m'avez dit que cette enquête nationale ne tient pas compte des opinions religieuses, philosophiques ou politiques des maires. Pourquoi, selon vous, cette forte majorité ?
Les maires, dans leur grande majorité, ne font pas la loi, ils sont chargés de l'appliquer. Mais ils sont bien placés pour connaître les besoins de leurs concitoyens, qu'ils suivent durant toute leur vie depuis la petite enfance (à travers les crèches et les écoles municipales) jusqu’au grand âge (aides à domicile, résidences pour personnes âgées). La prise en compte des besoins socio-éducatifs des ados, l’accompagnement à la parentalité, la politique de la ville et l’action auprès des publics les plus fragilisés sont leur quotidien. Indépendants de tous les groupes de pression, même si ces derniers sont parfois très actifs, les maires savent, par expérience, que l'enfant a besoin d'un père et d'une mère qui s'occupent de lui, l'aiment et lui donnent l'éducation, le modèle et les repères auxquels il a droit et qui sont, en fait, indispensables. C’est exactement ce que rappelle l’article 371 de notre code civil, que nous relisons à chaque mariage.

- En somme, mieux vaut prévenir que guérir ?
Exactement. Des enfants fragilisés, ce sont de graves problèmes sociaux pour l'avenir.

- Ce sondage a-t-il rencontré, selon vous, l'écho espéré ?
En tous cas, des journaux, des radios nous ont interrogés. J'ai été reçu par le directeur de cabinet du Premier ministre et à l'Assemblée Nationale par quelques députés. J'ai pu expliquer l’opinion du « collectif des maires pour l’enfance » et je crois que le précédent gouvernement a entendu cette parole. Le sujet ne semble plus à l'ordre du jour mais il n'a pas disparu pour autant, soyez-en certain. La vigilance est plus que jamais de mise. Notre souci est bien de donner notre avis avant qu'on ne nous le demande pas !

- Toute ces actions demandent des fonds. Où avez-vous trouvé l'argent ?
Il s'agit d'une initiative privée. Nous avons créé une association : "L’Association des Amis des Maires pour l'Enfance" et de nombreux donateurs nous aident, selon leurs possibilités .

- Ne craignez-vous pas d'être accusé d'homophobie ?
La Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme a rappelé, en 2005 lors du débat sur l’homophobie, que les questionnements relatifs au mariage relevaient du débat d’opinion. D’ailleurs le mot « homophobie » est assez curieux car son sens étymologique (« avoir peur de son semblable ») ne correspond pas à son sens courant (« la haine des homosexuels »). J'ai correspondu avec de nombreux homosexuels, j’entends leur point de vue et parfois leur mal-être, mais je ne partage pas les revendications de certains. L’argumentation de notre collectif n’a jamais été un appel à la haine. Cette dernière est à bannir. Ne pas être d’accord, argumenter et défendre une opinion, c’est là l’exercice d’une liberté fondamentale. De très nombreux maires ont choisi de parler, avec sagesse et détermination, parce que plus que quiconque, ils sont soucieux d’un développement social et familial durable de la société française.

- Vous êtes chrétien. Est-ce cela qui motive votre action ?
Le collectif des maires pour l’enfance reste totalement neutre en matière de foi. Personnellement, je dirais que mon inspiration est triple : il y a bien sûr ma foi en Jésus-Christ qui me rappelle la nécessité de prendre soin des plus petits (et donc des enfants tout particulièrement) mais aussi de rester dans une démarche de compassion vis-à-vis de mon prochain ; puis il y a ma fonction de maire qui m’oblige à me sentir responsable des choix de société que nous avons à assumer collectivement ; puis mon métier d'enseignant par lequel je reste en contact permanent avec la jeunesse et les familles de mon pays.

- Votre mot de la fin ?
Le Parlement doit faire la loi, mais en connaissance de cause, sans céder à un lobby quel qu'il soit. Nous ne voulons pas de débat tronqué, il est indispensable de consulter ceux qui sont en prise directe avec les problèmes de la société, notamment les maires et les services sociaux.
Même si, un jour, la loi devait aller dans un autre sens que celui que nous souhaitons, nous ne regretterions pas d'avoir parlé.

Ancien directeur d'école, Franck Meyer est actuellement coordonnateur de réseau d'éducation prioritaire. Il est marié et père de trois garçons.

Entretien : Gérard Fo

Plus d'informations sur
www.mairespourlenfance.com
contact@mairespourlenfance.com

article daté du 07-07-2007
   


 

 

 

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